Parcours de diagnostic dans la maladie de Gaucher: La vision du médecin

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Parcours de diagnostic : La vision du médecin

La maladie de Gaucher est une maladie génétique rare, due au déficit d’une enzyme lysosomale, la glucocérébrosidase. Cette maladie peut entraîner une sensation de fatigue, une distension abdominale liée à l’augmentation du volume du foie et de la rate, des douleurs osseuses, des saignements du nez et/ou des gencives ainsi que des hématomes qui peuvent apparaître même en absence de traumatisme.1

Il s’agit d’une maladie de surcharge c’est-à-dire une maladie qui conduit à l’accumulation anormale d’un métabolite dans certaines cellules. La difficulté du diagnostic des maladies de surcharge lysosomale provient de leur extrême hétérogénéité. 1

Le parcours diagnostic du médecin

La maladie de Gaucher se manifeste de façon extrêmement variable. Dans la mesure où certains symptômes sont non spécifiques, ils peuvent faire penser à d’autres maladies. Ceci peut expliquer que, parfois, le diagnostic est posé tardivement. Votre médecin doit être méticuleux et écarter toutes les autres maladies.1,2

La splénomégalie (augmentation du volume de la rate) et l’anémie peuvent se confondre avec une leucémie ou un lymphome. Chez les enfants, les douleurs osseuses peuvent être prises pour des douleurs de croissance ou pour une inflammation articulaire.2

D’autres atteintes, comme celle de la tête du fémur, au niveau de la hanche, appelée ostéonécrose aseptique, peut survenir dans d’autres maladies (hypercholestérolémie, obésité morbide, prise de cortisone, alcoolisme, lupus, etc.).2

La présence d’une rate avec un volume augmenté et d’une baisse du nombre de plaquettes (thrombopénie) doit amener le médecin à penser à la maladie de Gaucher dans son diagnostic différentiel.2

La maladie de Gaucher peut aussi faire penser à d’autres maladies de surcharge lysosomale, comme la maladie de Niemann-Pick de type A ou B. Les patients atteints de cette maladie peuvent présenter des symptômes tels qu’une hépatosplénomégalie (augmentation du volume du foie et de la rate), une thrombopénie et une atteinte pulmonaire.1,3

Dans tous les cas, afin d’établir un diagnostic de certitude de la maladie de Gaucher, il est nécessaire d’effectuer un dosage enzymatique grâce à un test sanguin ou un test sur papier buvard.1

Une fois le patient diagnostiqué, l’évaluation initiale de la maladie de Gaucher doit être multidisciplinaire et coordonnée par un médecin hospitalier spécialisé, conjointement avec le médecin traitant.1

Au vue de la diversité phénotypique de la maladie, les spécialistes les plus souvent impliqués sont les pédiatres, les internistes, les hématologues, les rhumatologues, les gastroentérologues et les neurologues.1

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L’importance d’un diagnostic précoce

Il existe trois phénotypes de la maladie de Gaucher. Tout d’abord le type 1 qui est le plus fréquent (95% des cas), sans atteintes neurologiques, débute le plus souvent avant l’âge de 5 ans avec pour principal symptôme une hépatosplénomégalie. Chaque patient est unique en termes d’âge d’apparition et de sévérité des symptômes. La présence de symptômes chez l’enfant est un signe de gravité à lui seul.1,4

Bien que l’expression clinique de la maladie de Gaucher soit extrêmement variable, l’âge médian des premiers symptômes est de 15 ans (0 à 77 ans) et l’âge médian au diagnostic de 22 ans (de 0 à 84 ans).1

La maladie de Gaucher de type 2 est très rare (moins de 1% des cas). Cette forme exceptionnelle a une expression très précoce (avant l’âge de 1 an) et a un très mauvais pronostic (décès avant l’âge de 2 ans). Elle débute généralement par une hépatosplénomégalie et une atteinte neurologique sévère.1

Enfin, le type 3 (moins de 5% des cas) ou forme neurologique chronique se manifeste comme un type 1 avec une apparition des premiers signes cliniques avant l’âge de 2 ans. Puis il y a une apparition de signes neurologiques qui débutent avant 20 ans.1,

La maladie de Gaucher a une expression clinique variable, et son diagnostic peut être évoqué à tout âge. Une amorce rapide du traitement peut prévenir l’apparition de certaines complications de la maladie de Gaucher.1

Les examens essentiels au diagnostic du médecin

La maladie de Gaucher est une maladie hétérogène : sa prise en charge nécessite une évaluation multidisciplinaire adaptée à chaque patient et coordonnée par un médecin hospitalier. La prise en charge est réalisée par les centres de référence  des maladies lysosomales ou maladies métaboliques.1

Le dosage de l’activité enzymatique est le test de certitude qui permet le diagnostic de la maladie de Gaucher. Ce test, réalisé à partir d’une prise de sang ou sur papier buvard, mesure l’activité de la glucocérébrosidase. Chez les personnes malades, l’activité de cette enzyme est déficitaire.1

Ce test ne permet pas de distinguer les 3 phénotypes de la maladie. C’est la présence d’autres symptômes (tels que la présence ou non de strabisme ou de paralysie du regard, notamment) et leur âge d’apparition (les signes sont très précoces chez les nourrissons dans la maladie de Gaucher de type 2) qui permettra de connaître le type de maladie de Gaucher auquel le patient et son médecin doivent faire face.2

Une analyse génétique peut apporter d’autres éléments pour distinguer les types 1 et 3 notamment. Ce test génétique consiste à rechercher l’anomalie génétique (mutation du gène GBA) à partir d’une prise de sang et doit être réalisé chez tous les patients. En effet, le génotype peut apporter des informations pronostiques.1,2


Références :

  1. Protocole national de diagnostic et de soins – Maladie de Gaucher – 2015 – Synthèse à destination du médecin traitant.
    Disponible sur : https://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2017-03/dir3/pnds_63_-_maladie_de_gaucher_-_synthese_a_destination_du_medecin_traitant.pdf
  2. La maladie de Gaucher – Encyclopédie Orphanet Grand Public – Disponible sur : https://www.orpha.net/data/patho/Pub/fr/Gaucher-FRfrPub644v01.pdf
  3. Lidove et al. Déficit en sphingomyélinase acide (maladie de Niemann-Pick B) : une étude rétrospective multicentrique de 28 patients adultes. La Revue de Médecine Interne, Volume 38, Issue 5 (2017) p. 291-299
  4. Levrat et al. Maladie de Gaucher : particularités cliniques chez l’enfant. La Revue de Médecine Interne, 2007. Disponible sur : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0248866307788793

 

7000024108 – 05/2019